Affaire de discrimination raciale à l'embauche chez Airbus France: délibéré le 11 décembre.Le conseil des prud'hommes de Toulouse rendra sa décision le 11 décembre prochain dans l'affaire de discrimination raciale à l'embauche présumée qui oppose un ancien intérimaire à la société Airbus France
Intérimaire durant 36 mois sur le site de l'usine Saint-Eloi d'Airbus France à Toulouse, Froul Louzaï y a effectué deux contrats de mission entre 2000 et 2001 et deux autres entre janvier 2005 et septembre 2006 en tant qu'opérateur régleur en systèmes d'usinage.
Soutenu par la CGT, M. Louzaï avait saisi en juillet 2006 la Haute autorité de la lutte contre les discrimination (HALDE) avant de déposer en novembre 2007, une demande aux Prud'hommes contre Airbus France pour "discrimination raciale à l'embauche".
L'affaire avait été présentée une première fois le 10 juillet dernier mais les quatre conseillers prud'hommaux n'étant pas tombés d'accord, ils avaient fait appel à un magistrat professionnel du tribunal d'instance de Toulouse, un "juge départiteur", pour les départager.
"Quand Airbus France m'a rappelé fin 2004 en me faisant des promesses d'embauche orales, j'ai déménagé de Rodez à Toulouse. J'ai postulé pour un poste en CDI en octobre 2005. On m'a donné trois raisons différentes de ne pas m'embaucher: le fait que je n'avais pas de bac professionnel, puis que j'étais agressif avec mes collègues et on m'a même accusé d'avoir commis des erreurs sur mon poste alors que j'étais en vacances à cette période", a déclaré jeudi Froul Louzaï.
"Dans mon atelier, deux personnes moins expérimentées ont été embauchées en CDI, dont une qui est arrivée après moi et que j'avais en partie formée. Je suis persuadé qu'il y a discrimination raciale à l'embauche", a précisé l'ancien intérimaire.
Saisie par M. Louzaï en juillet 2006, la HALDE avait pointé dans sa délibération de juin 2008 "une absence de transparence dans les procédures de recrutement d'Airbus France", "le manque d'éléments objectifs justifiant la décision de ne pas embaucher M. Louzaï" ainsi que "la sous-répresentation voire l'absence de noms à consonance maghrébine" chez l'avionneur. Elle avait conclu que l'origine de M. Louzaï "semble être la seule justification au traitement défavorable dont il a fait l'objet".
"Dans le lycée professionnel d'Airbus France sur le site de Saint-Eloi, nous avons pu constater qu'aucun élève entre 2000 et 2006 n'avait de nom à consonance maghrébine. Par ailleurs, il apparaît que sur les 300 personnes recrutées entre 2000 et 2006 au sein des établissements toulousains d'Airbus France, deux avaient un patronyme d'origine maghrébine, soit 1% des embauches", a déclaré à l'Associated Press Me Renaud Fréchin, avocat de la HALDE.
Lors de l'audience jeudi, son avocate, Me Marie-Laure Dufresne-Castets, a plaidé pour une réintégration en CDI de son client et a demandé 30.000 euros de dommages et intérêts.
De son côté, Me Nathalie Clair, conseil d'Airbus France, a dénoncé l'attitude "partisane" de la HALDE et ajouté que l'avionneur avait bien des "raisons objectives" pour ne pas embaucher M. Louzaï compte tenu de "ses compétences et de son niveau de formation". "Il n'y a pas de loi qui impose des quotas dans les entreprises", a ajouté l'avocate.
AP